15
novembre 2018

Laissés à l'abandon

Editos
Outils
TAILLE DU TEXTE

Après le drame, les questions. Plus de deux jours après l’effondrement de trois immeubles anciens du centre-ville de Marseille, six corps, ceux de quatre hommes et de deux femmes, ont été extraits des décombres et les autorités considèrent que huit autres personnes pourraient avoir été ensevelies également. Comment a-t-on pu laisser les locataires de l’immeuble du 65, rue d’Aubagne réintégrer leur logement alors qu’une expertise concluait à un "péril grave et imminent" ? L’immeuble attenant, situé au 63 de la rue d’Aubagne, était muré et sécurisé depuis un arrêté de péril pris en 2008.

Il aura fallu attendre dix ans, dix ans de procédures, pour que le bailleur Marseille Habitat devienne propriétaire de l’immeuble. "Il faudrait raccourcir les délais de procédures judiciaires lorsqu’il y a urgence", témoigne Christophe Tanay, président de l’Unis et administrateur de biens. Le problème est plus compliqué que cela. La France compte quelque quatre millions de bailleurs privés, dont les deux-tiers ne sont pas des professionnels. En 2017, l’association Clameur fournissait des informations précieuses : l'effort d’amélioration et d’entretien du patrimoine des propriétaires-bailleurs a atteint son seuil plancher des vingt dernières années, à 14,3 %, contre une moyenne de 21,9 % sur longue période (1998-2017). Cette évolution vient amplifier le mouvement de dégradation de la qualité du parc et par conséquent la détérioration des conditions de logement. Avant, donc, de parler de rénovation énergétique, cheval de bataille du gouvernement, la priorité est de s'attaquer à la dangerosité de beaucoup d’immeubles très anciens, généralement en centre-ville, laissés à l’abandon.