19
mars 2019

Laissés à l'abandon

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Après le drame, les ques­tions. Plus de deux jours après l’effon­dre­ment de trois immeubles anciens du centre-ville de Marseille, six corps, ceux de quatre hommes et de deux femmes, ont été extraits des décombres et les auto­rités considèrent que huit autres personnes pour­raient avoir été ense­ve­lies égale­ment. Comment a-t-on pu lais­ser les loca­taires de l’immeuble du 65, rue d’Aubagne réintégrer leur loge­ment alors qu’une exper­tise concluait à un « péril grave et immi­nent » ? L’immeuble atte­nant, situé au 63 de la rue d’Aubagne, était muré et sécurisé depuis un arrêté de péril pris en 2008.

Il aura fallu attendre dix ans, dix ans de procédures, pour que le bailleur Marseille Habi­tat devienne propriétaire de l’immeuble. « Il faudrait raccour­cir les délais de procédures judi­ciaires lorsqu’il y a urgence », témoigne Chris­tophe Tanay, président de l’Unis et admi­nis­tra­teur de biens. Le problème est plus compliqué que cela. La France compte quelque quatre millions de bailleurs privés, dont les deux-tiers ne sont pas des profes­sion­nels. En 2017, l’asso­cia­tion Clameur four­nis­sait des infor­ma­tions précieuses : l’ef­fort d’améliora­tion et d’entre­tien du patri­moine des propriétaires-bailleurs a atteint son seuil plan­cher des vingt dernières années, à 14,3 %, contre une moyenne de 21,9 % sur longue période (1998–2017). Cette évolu­tion vient ampli­fier le mouve­ment de dégrada­tion de la qualité du parc et par conséquent la détériora­tion des condi­tions de loge­ment. Avant, donc, de parler de rénova­tion énergétique, cheval de bataille du gouver­ne­ment, la prio­rité est de s’at­taquer à la dange­ro­sité de beau­coup d’immeubles très anciens, générale­ment en centre-ville, laissés à l’aban­don.