03
décembre 2020

Leclercq Associés : "cette période nous incite à porter un regard critique sur notre espace d’habitation"

Stratégies urbaines
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François Leclercq, Marie Taveau et Charles Gallet, de l’agence Leclercq Associés, nous expliquent comment s’organisent le travail et les chantiers menés par leur société, en période de confinement. L’occasion de recueillir leurs réactions sur le guide de préconisations de sécurité sanitaire publié par l’OPPBTP (lire notre article) et sur leur volonté de tirer du positif de cette crise.

Après un mois de confinement, comment êtes-vous organisés chez Leclercq Associés ?

La totalité des salariés de l’agence sont confinés chez eux, la très grande majorité sont en télétravail. L’organisation reste à peu près la même qu’avant le confinement. Nous nous rendons compte que l’on peut aussi s’adapter à ce genre de situation. Même si l’effervescence de l’agence, la proximité physique, le dessin à plusieurs, nous manquent terriblement, nous arrivons malgré tout à faire avancer les projets. Les outils numériques tels que les visioconférences nous permettent de poursuivre relativement efficacement les projets, et de conserver au maximum la cohésion de l’agence à travers nos revues de projets hebdomadaires entre équipes et entre associés.

Plus qu’en temps normal il est de notre responsabilité de veiller à la santé physique mais aussi morale de nos collaborateurs, au-delà des aspects productifs et fonctionnels de l’agence. Quelques postes, en très faible nombre, sont en chômage partiel pour le moment : ceux qui nécessitaient obligatoirement l’accès aux locaux (accueil, maintenance) ou des déplacements sur les chantiers. Nous essayons au maximum depuis le début du confinement de maintenir les commandes avec nos maîtrises d’ouvrages et d’assurer les facturations auprès d’elles.

Concrètement, comment le confinement affecte-t-il les chantiers menés par votre agence ?

Pour l’instant la quasi-totalité de nos chantiers sont arrêtés. Nous étudions avec les entreprises, les SPS et les MOA la possibilité d’une reprise dans des conditions raisonnables. Globalement les structures d’aménagement se sont très bien adaptées au confinement, les équipes techniques, opérationnelles et même stratégiques sont mobilisables à peu près comme avant, voire plus du fait de la suppression des déplacements. Nos co-traitants sont également globalement tous en ordre de marche : paysagistes, bureaux d’études techniques, programmistes…

Les opérations d’aménagement sont parfois très liées au contexte électoral ou politique. Tout dépend des territoires, ainsi le projet "Reims Grand Centre" que nous avons avec la Métropole de Reims reste toujours aussi actif qu’avant le confinement du fait de la réélection du maire à plus de 66 % des voix dès le premier tour. L’EPAEM pour le projet Euromed 2 mobilise également ses équipes dans la mesure où la méthodologie initiale le permet. En effet, lorsque nous aurons à travailler sous forme d’ateliers avec des acteurs extérieurs (services de la Métropole, de l’Etat…), les conditions de travail seront peut-être limitées en fonction de l’objet des ateliers.

Les projets que nous avons sur la Porte de Bercy avec la Semapa ou Nice Grand Arénas avec l’EPA Eco Vallée sont relativement impactés par le report des élections municipales. Si nous continuons néanmoins à assurer le suivi des projets opérationnels en cours, le retard des validations que nous attendions avant le confinement creuse encore un peu plus les délais d’avancement des plans guides. Nous sommes encore un peu dans l’incertitude quant à la poursuite de ces études.

Quelle est votre réaction face au guide publié par l’OPPBTP ? Permettra-t-il une reprise sécurisée des chantiers ?

Il parait évident que ces mesures ne seront pas sans conséquence sur les coûts et les délais. Qui paiera la note à la fin ? Comment imaginer qu’on va pouvoir diminuer le nombre de personnes présentes sur un chantier sans en affecter la durée ? La même question se pose quand il est préconisé de diviser par deux la capacité des bases vie. Comment nettoyer les outils à chaque fois qu’ils changent de main sans réduire la cadence ? Comment sur un chantier de plusieurs milliers de m2, avec des bâtiments de plusieurs étages, peut-on assurer un lavage de mains toutes les deux heures ?

Le guide incite à l’utilisation de masques (a minima chirurgicaux) dans certaines situations et de gel hydroalcoolique mais ne communique pas sur les moyens d’obtenir ce que les hôpitaux n’arrivent déjà pas à offrir à leurs personnels. Pour résumer, le secteur du bâtiment ne fait raisonnablement pas partie des produits de première nécessité. Les mesures d’hygiène et de sécurité sur les chantiers font déjà l’objet d’une logistique extrêmement complexe et coûteuse. Nous ne voyons pas comment, sur la durée du confinement, des actions efficaces pourraient être menées pour permettre la non propagation du virus et assurer la santé des ouvriers ?

La suite est clairement une source d’inquiétude pour nous. Nous parvenons à maintenir une activité grâce à la confiance de nos clients (et à leur capacité à tenir le coup) mais on ne sait pas jusqu’à quand… Nous sommes pleinement conscients que cela ne va durer qu’un temps.

La crise sanitaire que nous traversons impactera-t-elle la manière de faire la ville ?

Nous l’espérons sincèrement. De la même manière que l’on apprend de nos erreurs, il est essentiel de pouvoir tirer quelque chose de positif de cet événement. Au-delà de ce constat, n’oublions pas que l’un des éléments constitutifs de la ville est le logement. Cette période de confinement nous incite tous à porter un regard critique sur notre espace d’habitation. En tant que professionnel, on ne peut s’empêcher de requestionner la standardisation et l’exiguïté de nos logements. Il faut les rendre plus évolutifs et plus généreux : nous sommes tous témoins des difficultés de ces familles parfois entassées dans des espaces sans balcons, sans terrasses et avec des ouvertures bien trop insuffisantes en termes d’éclairement et de confort.

Enfin, suite à la crise de 2008 les plans massifs de soutien avaient tous conduit à une forte hausse des émissions de CO2. Aujourd’hui le contexte est bien différent avec un réchauffement climatique chaque jour plus prégnant. Il serait dommage de ne pas profiter de cette crise sanitaire pour amorcer enfin une réelle transition énergétique.

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